Les 33 °C de moyenne, relevés sur Toulouse depuis le début du mois d’août, n’ont pas vraiment déstabilisé Lukas Jacques-Antoine. Depuis sa naissance à La Réunion, le jeune homme a l’habitude des thermomètres qui s’affolent. En plein milieu de l’été, il a laissé son île natale et son climat tropical pour rallier, 11 h de vol et 9 000 km plus loin, la Ville Rose et écrire une nouvelle page de son existence de sportif de haut niveau. Il fait partie des recrues du centre de formation du Fénix. Et son arrivée est pour le moins atypique. « Il y a un an, raconte Romain Ternel, il m’avait envoyé sa candidature et j’avais précisé à Christian Chevalier (le responsable du pôle Espoirs de La Réunion) que je ne savais pas si j’allais donner suite. » Peu importe, le gamin est à la fois déterminé et opiniâtre. « En janvier dernier, poursuit le patron de la formation toulousaine, il a pris son billet d’avion et, accompagné par son père, il est venu de lui-même, passer des tests. » Prestation résolument convaincante puisque, sans attendre, le club lui propose de parapher une convention. Deux mois plus tard, il participe aux Interpôles à Nantes avec la sélection Réunion-Mayotte.
Le pivot de 18 ans est un passionné de sport. « J’ai fait de la natation et beaucoup de judo. Mais je me suis vite orienté vers le handball, chez moi, à St-Benoît, au club de la JSB (Jeunesse Sportive Bénédictine). J’y ai vite pris goût et je peux dire que cela a toujours fait partie de ma vie. » L’intéressé développe des qualités qui ne laissent pas insensibles les entraîneurs insulaires. «Au début, je n’étais pas spécialement bon et pas avantagé par mon gabarit pour occuper par exemple un poste d’arrière gauche, pivot convenait mieux. » Parcours ensuite classique et passage par le pôle jusqu’à une première convocation en équipe de France. « L’an dernier, c’était top, j’ai été appelé en sélection nationale des moins de 17 ans coachée par Michaël Guigou pour un stage et des matches face à la Hongrie.» Il y croise d’ailleurs le gardien Gabin Saltel et les ailiers Isaac Maurice et Zachary Dermigny, ses futurs partenaires au centre de formation du Fénix.
«Pour moi, cela fait partie de mes objectifs. Faire mon apprentissage dans un grand club et être appelé dans les sélections jeunes. Quand tu vis dans les DOM-TOM, ce n’est pas évident de se faire repérer, mais je veux me donner les moyens d’y arriver. Pour m’affirmer comme pivot, il faut que je me développe physiquement, ensuite, il y a tout l’aspect technique, l’intelligence du jeu… À Toulouse, je veux performer en N1 et, si j’en ai la possibilité, j’aimerais faire quelques entraînements avec les pros. » Où il pourrait retrouver Jérémy Robert, un autre pivot réunionnais de 4 ans son aîné, natif lui aussi de St-Benoît et qui vient de signer son 1er contrat pro. «On a déjà un peu échangé et je sais que si j’ai besoin d’aide, je pourrai compter sur lui.» Le lien réunionnais est déjà bien présent ! On sait que l’île a fourni ce qui se fait de mieux au handball tricolore. L’empreinte laissée par Jackson Richardson, Daniel Narcisse et, plus récemment, Benoît Kounkoud reste profondément gravée dans la mémoire collective. Et pour Lukas Jacques-Antoine, ces légendes sont une véritable source d’inspiration.
État des lieux avec Romain Ternel
Un effectif très rajeuni pour le centre de formation et un groupe étoffé ?
« Avec 8 joueurs conventionnés au CF, la moyenne d’âge est passée de 20.5 à 18.2. Il y a quatre nouveaux (Lukas Jacques-Antoine, Isaac Maurice, Gabin Saltel, Issa Seck), deux anciens conventionnés (Jules Gougeon, Siméo Renaud) et deux autres qui étaient déjà avec nous (Mattéo Anduze, Zachary Dermigny). Il y a bien sûr des joueurs partenaires pour renforcer le groupe de N1. Jules (Gougeon) et Zach’ (Dermigny) seront continuellement avec les pros. Certains (comme Lucas Ginestet, Loévan Roumegous, Antonin Vache) feront des va-et-vient entre la N1 et les U18. »
Quel est le positionnement par rapport à l’équipe pro ?
« La priorité pour la réserve et le centre de formation restera toujours les pros. Dès qu’il y aura des besoins au niveau de l’équipe 1, il y aura des montées. »
Y’a-t-il une nécessité impérieuse que la reserve reste en N1 ?
« Bien sûr. Mais c’est aussi important que difficile. Il faut que les joueurs aient quand même un niveau de Nationale et aujourd’hui, tous les gamins qu’on récupère, sortent en majorité de U18 France. »
Cinq réserves de D1 dans la poule, une de Proligue, le reste étant des équipes 1. Où se situent vos adversaires directs ?
« Je n’en ai aucune idée parce qu’au niveau des CF, il y a de gros changements chaque année. Pour le reste, je sais que Rodez s’est bien renforcé, je n’ai pas trop d’infos sur Bruges, La Crau (les deux promus) et Libourne qui n’étaient pas dans notre poule l’an dernier. J’entame la saison dans un tunnel tout noir avec une équipe très jeune mais très engagée. Du coup, on va avoir les qualités de nos défauts et vice versa. Mais je reste serein car ça a bien bossé. »
L’objectif sportif ?
« Le maintien ! On sait que ça va prendre du temps. La saison passée, on a gagné un match en 11 journées. Je disposais d’un effectif réduit (blessures, besoins chez les pros) et il fallait faire avec. Je suis tout sauf résigné mais j’ai tout ça en tête. »
Ce dimanche (15h), le Fénix se déplace à Billère avant de retrouver les Argoulets, samedi prochain (à 20h30) face à La Crau.
